Seconde chance après dopage : Mudryk, Pogba et d'autres retours fracassants
De la suspension de quatre ans au retour sur les terrains : pour certains, la disqualification a brisé la carrière, tandis que d'autres, après une affaire de dopage, ont de nouveau conquis des titres et atteint la finale de la Ligue des champions.
La suspension pour dopage est l'une des taches les plus lourdes dans la biographie d'un sportif. Mais derrière une même formulation, se cachent des histoires très différentes : usage délibéré de substances interdites, complément alimentaire "contaminé", médicament venu de la pharmacie familiale ou simple erreur d'un membre de l'équipe du joueur.
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C'est pourquoi les retours sont aussi variés. Certains n'ont qu'à attendre la fin de leur suspension pour redevenir des stars. D'autres retrouvent le droit de jouer mais ne parviennent plus à retrouver leur condition physique d'antan. Pour certains, le retour sur le terrain n'est pas la fin d'une histoire, mais le début d'un nouveau combat.
L'exemple le plus récent et le plus attendu est celui de Mykhailo Mudryk. L'Ukrainien a déjà obtenu l'autorisation de reprendre sa carrière, mais il doit désormais prouver que près de deux ans sans football officiel n'ont pas anéanti son potentiel.
Mykhailo Mudryk : un retour qui commence maintenant

Mudryk a quitté le Shakhtar Donetsk pour Chelsea en janvier 2023, considéré comme l’un des jeunes ailiers les plus prometteurs d’Europe. Les Londoniens ont déboursé 62 millions de livres pour le joueur de 22 ans, une somme qui pouvait grimper à près de 89 millions avec les bonus. Ce prix s’expliquait non seulement par sa vitesse phénoménale et sa capacité à éliminer en un contre un, mais aussi par ses performances remarquées en Ligue des champions avant son transfert. Chelsea espérait faire de l’Ukrainien l’une des vedettes offensives de son nouveau projet, mais il n’a pas eu le temps de révéler tout son potentiel.
Le contrôle antidopage de Mudryk a eu lieu le 22 octobre 2024. On a détecté une faible concentration de meldonium, menant à une suspension provisoire en décembre. En janvier 2026, une commission indépendante a infligé à l’Ukrainien une disqualification de quatre ans, mais le joueur a fait appel auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS).
La donne a changé après la mise à jour des documents techniques de l’Agence mondiale antidopage (AMA). La Fédération anglaise de football a précisé qu’avec la réglementation actuelle, la concentration de meldonium retrouvée chez Mudryk n’aurait même pas été signalée, et l’affaire n’aurait pas abouti à une accusation.
Les changements n’ayant pas d’effet rétroactif, le résultat du contrôle n’a pas été annulé officiellement. Mudryk a admis la violation des règles antidopage, mais sa suspension a été réduite à la période déjà purgée. Le 31 juillet 2026, la FA a annoncé que l’Ukrainien pouvait immédiatement reprendre la compétition.
Au moment de la rédaction, Mudryk n’a pas encore disputé de match officiel depuis son retour. Il reprend progressivement l’entraînement collectif, tandis que l’entraîneur principal de Chelsea, Xabi Alonso, a reconnu que le club n’avait pas encore tranché sur l’avenir de l’ailier. Après environ 20 mois sans compétition, Mudryk aura besoin non seulement de retrouver la forme physique, mais aussi de faire preuve de patience.
Son âge et sa vitesse unique jouent en sa faveur. Mais il devra composer avec la forte concurrence à Chelsea, le manque de rythme et la pression qui accompagnera chaque apparition sur le terrain. L’histoire de Mudryk n’est donc pas encore un comeback achevé. C’est une seconde chance, dont l’issue reste à découvrir.
Paul Pogba : la suspension est finie, les problèmes persistent

Pogba a été contrôlé positif en 2023 alors qu’il jouait pour la Juventus. On a retrouvé dans son organisme du DHEA, une substance qui augmente le taux de testostérone. Le Français a d’abord écopé de quatre ans de suspension, ce qui, vu son âge, pouvait signifier la fin de sa carrière.
Mais le TAS a reconnu que la substance avait été absorbée via un complément recommandé par un médecin américain. La prise a été jugée non intentionnelle, même si le joueur a été blâmé pour son manque de vigilance. La sanction a été réduite à 18 mois, permettant à Pogba de rejouer dès mars 2025.
L’été suivant, le champion du monde a signé un contrat de deux ans avec Monaco. Il a disputé son premier match officiel en novembre 2025, soit 811 jours après sa dernière apparition sur un terrain.
Mais la renaissance n’a pas vraiment eu lieu. Les blessures musculaires et les difficultés à retrouver la forme n’ont permis à Pogba de jouer que par intermittence. Même après la fin de la suspension, son principal adversaire n’était plus le règlement antidopage, mais son propre corps et l’âge.
Le cas Pogba illustre bien la différence entre retrouver le droit de jouer et revenir réellement au plus haut niveau.
André Onana : d’un comprimé de la pharmacie familiale à la finale de la Ligue des champions

En octobre 2020, un contrôle a révélé la présence de furosémide chez le gardien de l’Ajax. Onana a expliqué avoir pris par erreur un médicament prescrit à sa femme, se sentant mal. L’UEFA a reconnu l’absence d’intention d’améliorer ses performances, mais a tout de même infligé une suspension d’un an.
Après appel, le TAS a réduit la sanction à neuf mois. Dès novembre 2021, Onana a retrouvé la sélection camerounaise et gardé sa cage inviolée lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde.
La suite a transformé son histoire en l’un des comebacks les plus réussis après une suspension pour dopage. Onana a quitté l’Ajax, est devenu titulaire à l’Inter et a joué la finale de la Ligue des champions en 2023. Manchester United a ensuite déboursé une grosse somme pour l’attirer.
Il s’est écoulé à peine plus de deux ans entre le test positif et la finale de la plus grande compétition européenne. Ce seul fait illustre l’ampleur du retour d’Onana.
En Angleterre, il n’a certes pas brillé – la saison dernière, il évoluait à Trabzonspor en prêt. Mais ceci est déjà une autre histoire.
Fred : un an de suspension n’a pas empêché de rejoindre Manchester United

Fred a été contrôlé positif lors de la Copa América 2015. Le milieu du Shakhtar Donetsk avait dans l’organisme de l’hydrochlorothiazide, un diurétique interdit.
La CONMEBOL l’a suspendu pour un an à compter du 26 juin 2015. Initialement, la sanction ne concernait que les matchs sous l’égide de la confédération sud-américaine, si bien que Fred a continué quelque temps à jouer en club. En février 2016, la FIFA a élargi la sanction à l’échelle mondiale, et le Brésilien a manqué les quatre derniers mois.
L’affaire n’a pratiquement pas eu d’impact sur la suite de sa carrière. Il a retrouvé sa place au Shakhtar, a continué à jouer en Ligue des champions, et a rejoint Manchester United en 2018. En Angleterre, Fred a dépassé la barre des 100 matches de Premier League.
Dans son cas, la suspension a été une pause désagréable, mais pas un tournant dans sa carrière.
Adrian Mutu : carrière sauvée, réputation partiellement restaurée

En 2004, Mutu a été contrôlé positif à la cocaïne. Chelsea a résilié le contrat de l’attaquant roumain, et la Fédération anglaise l’a suspendu pour sept mois.
Mutu est revenu via l’Italie. D’abord à la Juventus, puis à la Fiorentina, où il est redevenu l’un des joueurs les plus en vue de Serie A. À Florence, il a inscrit des dizaines de buts, joué les compétitions européennes et partiellement restauré sa réputation.
Mais les conséquences de l’affaire l’ont poursuivi pendant des années. Les litiges avec Chelsea sur les indemnités se sont prolongés après son retour, et Mutu a lui-même qualifié la consommation de cocaïne de pire décision de sa vie.
Son retour a été un succès sportif, mais le Roumain n’a jamais pu sortir du scandale sans pertes durables.
Dario Srna : une saison de plus après 35 ans

Au printemps 2017, un contrôle hors compétition a révélé du DHEA chez le capitaine du Shakhtar, la même substance qui augmente le taux de testostérone. Les autorités antidopage ukrainiennes l’ont suspendu 17 mois, mais la sanction a été comptée à partir du jour du contrôle. Il a aussi été reconnu qu’il n’y avait pas de faute grave ou de négligence de la part du joueur.
La suspension a pris fin en août 2018. Srna avait alors quitté le Shakhtar pour signer à Cagliari. À 36 ans, le Croate a retrouvé les terrains et disputé une saison complète en Serie A.
Ce n’était pas un retour à son meilleur niveau : ses plus belles années étaient déjà derrière lui. Mais il a pu finir sa carrière dignement, et non sur une suspension.
Kolo Touré : six mois hors-jeu et une saison de champion

En 2011, le défenseur de Manchester City, Kolo Touré, a pris un comprimé amaigrissant appartenant à sa femme. Celui-ci contenait une substance interdite, et le joueur a écopé de six mois de suspension.
La commission a tenu compte du fait que le médicament n’était pas destiné à améliorer ses performances, d’où la relative brièveté de la sanction. Touré est revenu en septembre 2011 et s’est battu pour retrouver sa place dans l’équipe.
Cette même saison, Manchester City a remporté la Premier League pour la première fois. Touré n’était plus un titulaire indiscutable, mais il restait un membre de l’équipe championne. Il a ensuite poursuivi sa carrière à Liverpool et au Celtic.
L’histoire de l’Ivoirien montre qu’une simple erreur domestique peut mener à une lourde sanction, mais ne condamne pas forcément la suite de la carrière.
Paolo Guerrero : un comeback défendu devant les tribunaux

L’un des cas antidopage les plus complexes du football concerne le capitaine du Pérou. En 2017, on a retrouvé du benzoïlecgonine, un métabolite de la cocaïne, dans l’organisme de Guerrero.
L’attaquant a assuré que la substance provenait d’un thé aux feuilles de coca. La FIFA l’a d’abord suspendu un an, puis le comité d’appel a réduit la sanction à six mois. Mais le TAS, saisi par l’AMA, a porté la suspension à 14 mois.
Cette décision devait priver Guerrero de la Coupe du monde 2018 – la première du Pérou depuis 36 ans. Mais la Cour fédérale suisse a suspendu temporairement la sanction, permettant à Guerrero de participer au tournoi.
Avant la Coupe du monde, il a inscrit un doublé en amical contre l’Arabie Saoudite, et a marqué contre l’Australie pendant la compétition. Après le tournoi, la suspension a été rétablie, et il n’a pu retrouver le football de club qu’au printemps 2019.
Ce fut non seulement un retour sportif, mais aussi une bataille juridique pour jouer le tournoi de sa vie.
Diego Maradona : deux retours après deux suspensions

Maradona a connu deux suspensions retentissantes. En 1991, alors qu’il jouait à Naples, il a été contrôlé positif à la cocaïne et suspendu 15 mois.
À l’issue de la sanction, l’Argentin n’est pas revenu à Naples. Il a rejoint le Séville de Carlos Bilardo, son ancien sélectionneur. Maradona ne montrait plus le niveau de la fin des années 1980, mais a réussi à se préparer pour la sélection nationale.
En 1994, il a participé à la Coupe du monde avec l’Argentine. Après le match contre le Nigeria, un contrôle a révélé de l’éphédrine et d’autres stimulants. Maradona a été exclu du tournoi et suspendu à nouveau 15 mois.
Même après cela, il est revenu en 1995 sous les couleurs de Boca Juniors. Mais ces deux retours étaient surtout des tentatives de prolonger une carrière légendaire, plus qu’un vrai retour au sommet.
Edgar Davids : une suspension entre deux titres

En 2001, le milieu de la Juventus Edgar Davids a été contrôlé positif au nandrolone. Le joueur a attribué ce résultat à un médicament homéopathique pris après une maladie.
Il devait initialement être suspendu cinq mois, mais après appel, la sanction a été réduite. Le Néerlandais a pu rejouer dès septembre 2001.
Sa pause n’a pratiquement eu aucun effet sur son niveau. Davids est redevenu un élément clé de la Juventus, a remporté les championnats d’Italie 2002 et 2003, et a atteint la finale de la Ligue des champions.
Parmi tous les joueurs de cette liste, son retour est l’un des plus convaincants : après l’affaire de dopage, Davids n’a pas seulement poursuivi sa carrière, il a de nouveau remporté les plus grands trophées.
Bonus : Tyson Fury et Jannik Sinner
Les suspensions pour dopage ne concernent pas que le football. D'autres sports offrent aussi des exemples où un scandale retentissant n'était qu'une pause avant un retour au sommet. Les parcours de Tyson Fury et Jannik Sinner montrent à quel point une seconde chance peut prendre des formes différentes.
Tyson Fury

En 2015, des échantillons de Tyson et Hughie Fury ont révélé un taux élevé de métabolites de nandrolone. L’enquête a traîné, et en décembre 2017, un accord a été trouvé : les violations ont été reconnues, les boxeurs ont écopé de deux ans de suspension, rétroactivement à décembre 2015. Ainsi, au moment de l’annonce, la sanction était déjà purgée.
Tyson est remonté sur le ring en juin 2018. Quelques mois plus tard, il a fait match nul contre Deontay Wilder, puis, en février 2020, il a battu l’Américain par TKO pour s’emparer de la ceinture WBC.
Ce fut l’un des retours les plus spectaculaires de l’histoire du sport, d’autant que Fury luttait aussi contre la dépression, les addictions et une prise de poids massive.
Jannik Sinner

En 2024, Sinner a été contrôlé positif à deux reprises à de faibles doses de clostebol. Un tribunal indépendant a reconnu que la substance avait été absorbée via un massage : le kiné du joueur avait utilisé une crème contenant le produit interdit.
L’AMA n’a pas affirmé que Sinner avait pris du dopage intentionnellement, mais a insisté sur la responsabilité de l’athlète pour les actes de son équipe. En février 2025, un accord a été trouvé pour trois mois de suspension, du 9 février au 4 mai.
Sinner est revenu lors du tournoi de Rome, puis a décroché Wimbledon en juillet. En 2026, l’Italien a conservé son titre, transformant définitivement le scandale en simple épisode dans une carrière exceptionnelle.
Quel avenir pour Mudryk ?
Les exemples d’Onana, Davids et Sinner prouvent qu’on peut revenir au sommet après une suspension. Ceux de Pogba et Srna rappellent qu’une autorisation de jouer ne suffit pas : l’âge, les blessures et la durée de l’arrêt peuvent être aussi dangereux que la sanction elle-même.
Mudryk a un atout que beaucoup d’autres n’avaient pas : à 25 ans, il a encore le temps de relancer sa carrière. De plus, les documents officiels confirment une concentration extrêmement faible de meldonium, et reconnaissent que selon les nouveaux standards, il n’y aurait même pas eu d’affaire.
Mais désormais, tout dépendra du football. Mudryk devra retrouver la forme, trouver un club prêt à lui donner du temps de jeu, et supporter l’inévitable attention qui accompagnera chaque match.
Juridiquement, l’Ukrainien a déjà obtenu sa seconde chance. Les prochains mois diront s’il saura en faire un vrai comeback.
Steven Perez
L'expert de Dailysports