De la relégation en Ligue 2 au but en Supercoupe de l’UEFA : qui est Brian Madjo
Il y a à peine huit jours, l’attaquant de 17 ans n’avait même pas le droit de jouer pour Aston Villa en compétition officielle. Aujourd’hui, il a marqué contre le champion d’Europe et est devenu le plus jeune buteur de l’histoire de la Supercoupe de l’UEFA.
Le soir du 12 août 2026, le grand public du football a découvert le nom de Brian Madjo. Lors de la Supercoupe de l’UEFA face au Paris Saint-Germain, le jeune avant-centre d’Aston Villa a débuté la rencontre et a égalisé à la 45e minute — 1:1.
Le PSG avait pris l’avantage grâce à un but de Khvicha Kvaratskhelia à la 20e minute, mais la fin de la première période s’est transformée en show personnel de Madjo. D’abord, le jeune attaquant a raté plusieurs belles occasions, trouvant même le poteau à la 44e, avant de finalement trouver la faille dans l’action suivante. Sur un centre venu de la droite par John McGinn, Madjo s’est imposé face à Willian Pacho et, dans une position difficile, a envoyé le ballon au fond des filets. Le PSG a ensuite repris l’avantage et a fini par soulever le trophée, mais cela n’a en rien éclipsé l’histoire de Madjo.
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À 17 ans, il est devenu le plus jeune joueur à avoir jamais marqué lors d’un match de Supercoupe de l’UEFA. Mais ce qui rend ce moment encore plus impressionnant, c’est l’histoire récente de sa carrière.
De Londres, via le Luxembourg, jusqu’en France

Son nom complet : Brian Jomeni Madjo. Il est né le 12 janvier 2009 à Enfield, dans le nord de Londres, dans une famille d’origine camerounaise. Pourtant, le futur buteur a passé la majeure partie de son enfance au Luxembourg, où sa famille a déménagé.
Le football chez les Madjo, c’est une affaire de famille. Son père, Guy Madjo, a aussi été attaquant professionnel et a fait une bonne partie de sa carrière dans le football anglais. Brian a également un frère jumeau, Bradley, lui aussi footballeur, qui évolue lui aussi dans le système du FC Metz.
Les premiers vrais pas de Brian dans le football, il les a faits au Luxembourg. Il a commencé à Marisca Mersch, puis a rejoint le Racing Union Luxembourg, avant d’être repéré en 2023 par le FC Metz — l’un des centres de formation les plus réputés de France.
Ce transfert allait tout changer.
Madjo a très vite affronté des joueurs plus âgés que lui. Lors de la saison 2024/25, alors qu’il n’avait que 15 ans, il est devenu l’un des leaders de l’équipe U19 de Metz. Le club a indiqué que l’attaquant avait inscrit 12 buts avec les jeunes. À l’été 2025, il se voit proposer son premier contrat professionnel.
Le plus jeune débutant de l’histoire du FC Metz

Madjo n’a presque pas eu à attendre sa chance chez les pros.
Le 17 août 2025, lors de la première journée de Ligue 1 face à Strasbourg, l’entraîneur du FC Metz, Stéphane Le Mignan, décide de titulariser le jeune attaquant de 16 ans. Madjo joue 58 minutes, mais Metz s’incline 0-1.
À ce moment-là, il n’a que 16 ans et 217 jours — il devient le plus jeune joueur de l’histoire du club à débuter en Ligue 1.
Ce choix n’était pas un simple pari sur un jeune talent. À Metz, on estimait que Madjo avait déjà le physique pour évoluer chez les pros. Le Mignan expliquait qu’au niveau U19, l’attaquant dominait tout simplement la concurrence.
Avant de quitter Metz, Brian a eu le temps de disputer cinq matches de Ligue 1. Il n’a pas marqué, mais pour un joueur né en 2009, apparaître régulièrement en première division française était déjà un exploit.
Et c’est là que le contraste de son histoire devient saisissant. Madjo commence la saison avec un Metz qui lutte pour sa survie, puis, au printemps 2026, le club est officiellement relégué en Ligue 2. Mais à ce moment-là, Brian se trouve déjà en Angleterre.
Quelques mois seulement après ses apparitions avec un futur relégué de Ligue 1, il va affronter le vainqueur de la Ligue des champions et lui marquer un but en Supercoupe d’Europe.
Aston Villa a déboursé près de 12 millions d’euros pour le jeune attaquant
L’intérêt pour Madjo a émergé bien avant son transfert. Son gabarit, son âge et ses statistiques chez les jeunes attiraient des clubs de tout le continent.
C’est Aston Villa qui a remporté la course.
Le 12 janvier 2026, le jour même de ses 17 ans, Madjo quitte officiellement Metz pour l’Angleterre. Le club français confirme le transfert, évalué dans la presse à près de 12 millions d’euros, soit environ 10 millions de livres.
Pour un joueur qui n’avait alors que cinq matches chez les pros, la somme est révélatrice. Villa n’achetait pas un attaquant prêt à l’emploi, mais un potentiel.
Mais très vite, un problème inattendu surgit à Birmingham.
Sept mois d’attente à cause de la FIFA
Madjo est né en Angleterre, il possède la nationalité britannique et, au moment de son transfert, il avait déjà joué avec les jeunes de l’Angleterre. Mais son précédent club était en France et il avait grandi au Luxembourg.
C’est là que le litige juridique a commencé.
Les règles de la FIFA limitent strictement les transferts internationaux de joueurs mineurs. L’instance a considéré le transfert de Madjo comme international, refusant d’autoriser son enregistrement par Aston Villa.
Résultat : le club s’est offert l’un des jeunes attaquants les plus prometteurs d’Europe, mais ne pouvait pas l’aligner en match officiel.
Aston Villa a insisté : il s’agissait d’une situation exceptionnelle, car Madjo est né en Angleterre, possède la nationalité britannique et « revient » en quelque sorte au pays de sa naissance.
Le litige est allé jusqu’au Tribunal arbitral du sport.
Et ce n’est que le 4 août 2026, huit jours avant la Supercoupe, que le TAS a donné raison à Aston Villa. Le club a enfin pu enregistrer le joueur pour les compétitions officielles.
La séquence paraît presque irréelle : fin juillet, il était encore possible que Madjo doive attendre ses 18 ans pour débuter officiellement, et le 12 août, il figurait déjà dans le onze de départ contre le PSG.
Il n’est pas resté loin des terrains

L’interdiction ne concernait que les compétitions officielles, ce qui a permis à Villa d’utiliser Madjo lors des matches amicaux.
Et l’attaquant a su pleinement saisir cette opportunité.
Durant la préparation estivale, il a inscrit quatre buts. Lors du premier match amical contre Walsall, Madjo signe un doublé, puis il marque contre la Real Sociedad et les Indonesia All Stars.
La décision d’Unai Emery de titulariser le jeune de 17 ans face au PSG n’était donc pas qu’un joli conte de fées.
Madjo avait gagné sa place grâce à sa pré-saison.
Et dès sa première apparition officielle, il a montré que sa puissance physique ne s’exprime pas seulement face à des adversaires de divisions inférieures ou en match amical. À Salzbourg, il a dû se frotter aux défenseurs du champion d’Europe — et il a répondu présent.
Pourquoi compare-t-on Madjo à Lukaku ?

La première chose qui frappe chez Brian, ce sont ses mensurations.
Il mesure environ 1,93 mètre. Pour un joueur de 17 ans, il affiche déjà un physique impressionnant et peut rivaliser dans les duels avec des défenseurs centraux adultes. C’est pour cela qu’on le compare à Romelu Lukaku, aussi bien en France qu’au Luxembourg.
Mais les entraîneurs qui l’ont côtoyé insistent : réduire Madjo à un simple attaquant puissant serait une erreur.
Le directeur technique de la Fédération luxembourgeoise, Manuel Cardoni, a souligné sa capacité à jouer dans les petits espaces, son placement, ses appels dans le dos des défenseurs et sa faculté à utiliser ses deux pieds. Chez les jeunes, ses coachs l’ont même parfois utilisé au milieu de terrain, afin de le pousser à développer sa technique et son intelligence de jeu, sans s’en remettre uniquement à sa force physique.
Résultat : un profil d’avant-centre très moderne.
Madjo peut jouer dos au but, tenir la défense et attaquer la surface, tout en ayant la vitesse pour prendre la profondeur.
Son but contre le PSG illustre parfaitement ce cocktail : d’abord le duel physique face à Pacho, puis la coordination et la finition technique dans un angle fermé.
Luxembourg ou Angleterre ?

Madjo vit une situation rare à la fois en club et en sélection.
Par ses origines, il est lié à trois pays : l’Angleterre, où il est né, le Cameroun, patrie de sa famille, et le Luxembourg, où il a grandi.
Il a même déjà porté le maillot du Luxembourg chez les A.
Au printemps 2025, peu après ses 16 ans, l’attaquant a disputé trois matches amicaux avec la sélection principale du Luxembourg. Puis, en août de la même année, il a été appelé avec l’Angleterre U17.
Et ses débuts avec les Young Lions ont été parfaits : en septembre, face au Venezuela, Madjo a marqué et permis à l’Angleterre de l’emporter 2-1.
L’avenir international de l’attaquant demeure donc un vrai suspense. Il a déjà côtoyé le groupe A du Luxembourg, mais son passage dans la filière anglaise montre à quel point son potentiel est estimé outre-Manche.
Huit jours qui ont tout changé
Le 4 août, l’actualité autour de Brian Madjo était encore dominée par une décision de justice sportive. Et huit jours plus tard, c’est toute l’Europe qui parle de lui.
Unai Emery lui a offert une place de titulaire pour un match européen face au PSG, et Madjo a été l’un des acteurs majeurs du premier acte.
Il a constamment bousculé la défense, s’est procuré plusieurs occasions, a trouvé le poteau avant de finalement marquer.
Il a fait tout cela lors de sa première apparition officielle pour un club qui l’avait recruté sept mois plus tôt, sans savoir s’il pourrait un jour l’aligner.
Le parcours de Madjo sur la dernière année est impressionnant. Août 2025 : il débute à 16 ans dans une équipe qui descendra de Ligue 1. Janvier : transfert à près de 12 millions d’euros. Ensuite, des mois d’incertitude juridique. Juillet : des buts en matches amicaux. 4 août : Aston Villa gagne devant le TAS. Et seulement huit jours plus tard — un but contre le champion d’Europe en titre lors de la Supercoupe de l’UEFA, et le statut de plus jeune buteur de l’histoire de la compétition.
Brian Madjo n’a que 17 ans, mais après cette soirée à Salzbourg, il sera bien difficile de ne le considérer que comme un « talent pour l’avenir ».
Steven Perez
L'expert de Dailysports