Pitso Mosimane : de l’erreur fatale contre la Sierra Leone à trois victoires en Ligue des champions de la CAF

Un retour 14 ans plus tard !
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Pitso Mosimane : de l’erreur fatale contre la Sierra Leone à trois victoires en Ligue des champions de la CAF Photo : x.com/iDiskiTimes

Pitso Mosimane a officiellement été nommé sélectionneur de l’Afrique du Sud. Le technicien de 62 ans succède au Belge Hugo Broos, qui a quitté son poste après cinq années à la tête de la sélection. Pour Mosimane, il s’agit d’un retour chez les Bafana Bafana après plus de 14 ans. Il avait déjà travaillé avec l’équipe nationale comme adjoint et entraîneur intérimaire, avant de la diriger à plein temps de 2010 à 2012. Mais c’est un Mosimane complètement différent qui revient aujourd’hui en Afrique du Sud : un entraîneur doté d’une immense expérience internationale et de trois victoires en Ligue des champions de la CAF.

De Kagiso au plus haut niveau

Pitso John Hamilton Mosimane est né le 26 juillet 1964 à Kagiso, un township situé dans la région de Krugersdorp, à l’ouest de Johannesburg. C’est là qu’il a grandi et commencé à jouer au football. Son parcours n’est pas celui d’un garçon issu de l’académie d’un club européen : Mosimane a suivi le parcours classique du football sud-africain et a très tôt combiné son développement sportif avec ses études. Plus tard, il a souligné à plusieurs reprises à quel point son éducation l’avait aidé à développer sa discipline, sa réflexion stratégique et ses qualités de leader.

Mosimane à Jomo Cosmos / x.com/go2uj

Mosimane a débuté sa carrière professionnelle à Jomo Cosmos, un club auquel il est revenu à plusieurs reprises. Il a également joué pour Mamelodi Sundowns et Orlando Pirates, deux équipes qui occupent une place majeure dans l’histoire du football sud-africain. En fin de carrière, Mosimane est parti à l’étranger : il a joué pour le club grec Ionikos, le belge KFC Rita Berlaar et le qatari Al Sadd. Sa carrière de joueur s’est déroulée au poste de milieu de terrain et lui a permis de découvrir plusieurs cultures footballistiques radicalement différentes.

Mosimane à SuperSport United / x.com/TheRealPitso

Avec la sélection sud-africaine, Mosimane n’a disputé que quatre matches entre 1993 et 1994, inscrivant un but. Autrement dit, il n’était pas une grande star du football sud-africain au niveau international. C’est sa carrière d’entraîneur qui allait devenir bien plus importante. Toutefois, son expérience avec les Bafana Bafana lui a permis de comprendre de l’intérieur les spécificités de la sélection et la pression qui accompagne ses joueurs.

Fait intéressant, Mosimane s’est lancé assez tôt dans le métier d’entraîneur. Alors qu’il vivait encore en Belgique, il a acquis de l’expérience avec les jeunes, avant de prendre les commandes de SuperSport United en 2001. C’est là qu’a commencé sa transformation en l’un des entraîneurs les plus en vue d’Afrique du Sud. Avec SuperSport, il a remporté ses premiers trophées majeurs, dont la Nedbank Cup et la SAA Super Eight Cup, avant d’obtenir la possibilité de travailler directement avec la sélection nationale.

Mosimane avec un trophée / x.com/TheRealPitso

Première expérience avec la sélection et erreur flagrante contre la Sierra Leone

Avant sa nomination officielle au poste de sélectionneur, Mosimane faisait déjà partie du système des Bafana Bafana. En 2007, il a été entraîneur intérimaire, avant de devenir adjoint dans le staff de Carlos Alberto Parreira lors de la Coupe du monde 2010 organisée à domicile. Après le tournoi, Mosimane a été nommé sélectionneur permanent des Bafana Bafana.

Cette première période a été contrastée. Mosimane a dirigé la sélection de 2010 à 2012, mais n’a pas réussi à la qualifier pour la Coupe d’Afrique des nations 2012. La confrontation avec la Sierra Leone occupe une place particulière dans l’histoire de son premier passage à la tête de la sélection. C’est précisément le match contre cette équipe, en octobre 2011, qui a pratiquement privé l’Afrique du Sud de la CAN 2012.

Mosimane à la tête des Bafana Bafana / Reuters

Les Bafana Bafana ont fait match nul 0-0 à domicile contre la Sierra Leone et ont célébré leur qualification après le coup de sifflet final, car l’équipe et le staff avaient mal interprété les règles de départage du groupe. Le sélectionneur a reconnu avoir modifié sa tactique et joué pour le nul, pensant que ce résultat suffirait pour terminer en tête du groupe et atteindre la phase finale de la compétition continentale.

« Vous pensez que j’aurais laissé [l’attaquant Lehlohonolo] Majoro sur le banc et fait entrer un milieu de terrain si j’avais su que nous avions besoin d’un but ? Cela n’a aucun sens. L’Afrique, c’est la jungle. Les formats européen et sud-américain sont bien meilleurs, parce que tout fonctionne comme une horloge, mais jouer en Afrique est très difficile », se plaignait Mosimane.

Cependant, il n’était pas le seul à avoir mal interprété les règles.

La South African Broadcasting Corporation a annoncé la qualification de l’équipe pour la phase finale, tandis que la présidente de la SAFA, Kirsten Nematandani, était même intervenue à la télévision pour féliciter l’équipe.

En réalité, à égalité de points, le Niger bénéficiait de l’avantage grâce aux résultats des confrontations directes, et l’Afrique du Sud devait donc s’imposer. Les Bafana Bafana sont finalement restés à quai et Mosimane a été limogé peu après. Cet épisode est longtemps resté le principal argument de ses détracteurs : au niveau de la sélection, Mosimane n’avait alors pas obtenu les résultats qui étaient attendus de lui.

Une période fantastique à Mamelodi Sundowns

Après son départ de la sélection, sa carrière a pris une tout autre dimension. En décembre 2012, Mosimane a pris les commandes de Mamelodi Sundowns, où il est resté près de huit ans. Cette période l’a définitivement consacré comme un entraîneur de dimension nationale. Sous ses ordres, Sundowns a remporté cinq fois le championnat d’Afrique du Sud et, en 2016, le club a décroché pour la première fois de son histoire la Ligue des champions de la CAF. Mosimane est devenu le premier entraîneur sud-africain à remporter la principale compétition de clubs du continent africain.

Mosimane à Mamelodi Sundowns / x.com/iDiskiTimes

Et le succès de Sundowns n’a rien eu d’un simple feu de paille. Mosimane a construit une équipe qui est restée pendant des années parmi les principaux clubs du continent. Son équipe se distinguait par son organisation, sa maîtrise du ballon, sa discipline sans ballon et sa capacité à s’adapter à l’adversaire. Cette aptitude à travailler sur un projet à long terme et à reconstruire progressivement son collectif est devenue l’une des principales caractéristiques de l’entraîneur.

Al Ahly fait de lui une superstar du football africain

En 2020, Mosimane a reçu une proposition impossible à refuser : le club égyptien Al Ahly l’a sollicité. C’était un changement de dimension en matière de pression. Au Caire, on exigeait du technicien non seulement des victoires, mais aussi des trophées : le club était habitué à lutter pour chaque titre et une défaite dans un match important était perçue comme une crise.

Mosimane a relevé le défi. Dès sa première saison, il a remporté la Ligue des champions de la CAF en battant Zamalek en finale. La saison suivante, Al Ahly est de nouveau devenu champion d’Afrique, cette fois après avoir dominé Kaizer Chiefs. Mosimane a ainsi remporté la compétition deux fois consécutivement avec le géant égyptien, ajoutant ces deux titres à celui conquis avec Sundowns. Au total, il est devenu triple vainqueur de la Ligue des champions de la CAF, une performance unique pour un entraîneur africain.

Plus important encore, Al Ahly a régulièrement brillé sur la scène mondiale sous les ordres de Mosimane. L’équipe a remporté à deux reprises la médaille de bronze à la Coupe du monde des clubs, tandis que l’entraîneur a conduit le club égyptien à trois finales consécutives de la Ligue des champions de la CAF. Ce n’est donc plus simplement l’histoire d’un entraîneur capable de gagner des compétitions ponctuelles : Mosimane a prouvé qu’il pouvait maintenir une équipe au plus haut niveau pendant plusieurs saisons.

Mosimane à Al Ahly / x.com/TheRealPitso

Après Al Ahly, l’entraîneur a poursuivi sa carrière internationale. Il a travaillé avec Al Ahli Saudi en Arabie saoudite, Al Wahda aux Émirats arabes unis, Abha ainsi qu’avec le club iranien Esteghlal. Mosimane a donc acquis de l’expérience non seulement en Afrique du Sud et en Égypte, mais aussi au Moyen-Orient. C’est un élément important pour sa nomination actuelle : il revient en sélection avec un bagage de connaissances et d’expérience totalement différent de celui qu’il possédait lorsqu’il avait quitté son poste en 2012.

Pourquoi Mosimane ?

À première vue, la décision de la SAFA semble logique. L’organisation n’a pas eu à chercher un entraîneur auquel il aurait fallu expliquer les spécificités du football sud-africain. Mosimane connaît parfaitement les joueurs locaux, le système des clubs, les particularités du championnat et la pression qui entoure la sélection nationale. Dans le même temps, il revient avec l’expérience acquise à Al Ahly, l’un des plus grands clubs d’Afrique, où les exigences envers l’entraîneur sont comparables à celles d’un sélectionneur national.

Autre facteur important : la capacité de Mosimane à gagner au niveau continental. Trois Ligues des champions de la CAF parlent d’elles-mêmes. Au cours de sa carrière, il a remporté de nombreux trophées nationaux et internationaux.

Mais une question importante demeure. Mosimane ne revient pas simplement à la tête de la sélection : il prend les commandes d’une équipe qui a connu une progression notable sous Hugo Broos. C’est précisément le Belge qui a qualifié l’Afrique du Sud pour la Coupe du monde 2026 et, lors du tournoi, conduit les Bafana Bafana à franchir pour la première fois de leur histoire la phase de groupes et à atteindre les huitièmes de finale. Mosimane devra donc non pas construire une sélection à partir de zéro, mais poursuivre le travail avec un groupe qui possède déjà une certaine structure et de grandes ambitions.

C’est précisément ce qui rend cette nomination particulièrement intéressante. Mosimane est un entraîneur habitué non seulement à maintenir un niveau existant, mais aussi à relever la barre. Ses meilleures équipes se distinguaient par leur structure, leur intensité et leur confiance dans les grands rendez-vous. S’il parvient à combiner son expérience avec les fondations laissées par Broos, l’Afrique du Sud pourrait réellement devenir l’un des prétendants à un résultat majeur lors de la Coupe d’Afrique des nations.

Ce n’est pas une première arrivée, mais une deuxième chance

Il est important de souligner que la nomination actuelle n’est pas le premier passage de Mosimane à la tête de la sélection sud-africaine. Il s’agit de sa deuxième période complète à la tête des Bafana Bafana. La première s’était achevée en 2012 après l’échec des qualifications pour la Coupe d’Afrique des nations. Auparavant, il avait déjà travaillé dans le staff de la sélection et occupé le poste de sélectionneur intérimaire.

Le retour actuel peut donc être considéré comme une deuxième chance. Au cours des 14 dernières années, Mosimane a remporté trois Ligues des champions de la CAF, cinq titres de champion d’Afrique du Sud et le championnat d’Égypte. Il a travaillé dans différents pays, connu des clubs soumis à une immense pression et acquis une expérience qu’il ne possédait pas lors de sa première nomination. Lors de sa présentation, Mosimane a lui-même souligné qu’il revenait avec beaucoup plus d’expérience et qu’il comprenait que le travail en sélection représentait bien plus qu’un simple poste d’entraîneur.

Par quoi commencera cette nouvelle ère ?

Mosimane n’a pratiquement pas de temps pour prendre ses marques. Son premier match officiel lors de cette deuxième période complète à la tête des Bafana Bafana aura lieu en septembre, dans le cadre des qualifications pour la Coupe d’Afrique des nations 2027. L’Afrique du Sud doit recevoir la Guinée avant de se rendre en Égypte, sur terrain neutre, pour affronter l’Érythrée. Le Kenya figure également dans le groupe, mais, en tant que l’un des pays hôtes du tournoi, il a automatiquement obtenu son billet. L’Afrique du Sud, la Guinée et l’Érythrée se disputeront donc la place restante.

Et il est symbolique que l’un des premiers adversaires sérieux de Mosimane soit le Kenya, dirigé par une autre légende du football sud-africain, Benni McCarthy. En novembre, Mosimane et McCarthy s’affronteront à deux reprises en l’espace de quatre jours. Pour le football sud-africain, il ne s’agira pas simplement d’une confrontation entre deux sélections, mais d’une véritable opposition entre deux générations de héros du football national désormais devenus entraîneurs.

Mosimane rentre au pays avec le statut d’un entraîneur qui a déjà pratiquement tout prouvé au niveau des clubs. Il lui reste désormais à corriger le principal manque de son parcours : connaître un grand succès avec la sélection sud-africaine. Sa première occasion de le faire arrivera très bientôt.

Jan Novak Jan Novak L'expert de Dailysports
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