La FIFA favorise-t-elle l'Argentine ? Toutes les décisions controversées des deux dernières Coupes du monde
Steven Perez
L'expert de Dailysports
Des cinq penalties au Qatar aux plaintes de l’Algérie et de l’Égypte, en passant par le carton jaune sans précédent de l’Embolo — voici un récapitulatif des moments litigieux des Coupes du monde 2022 et 2026, dont l’interprétation a tourné à l’avantage de l’Albiceleste.
Les discussions autour d’un possible favoritisme arbitral envers l’Argentine ont repris de plus belle après le quart de finale de la Coupe du monde 2026 face à la Suisse. Cinq minutes après l’égalisation suisse, la VAR annulait un carton jaune donné à Leandro Paredes pour infliger un second avertissement à Breel Embolo. Réduits à dix, les Suisses ont tenu jusqu’à la prolongation, mais se sont finalement inclinés 1-3.
Vous trouverez ci-dessous l’ensemble des décisions contestées et des moments de jeu des deux dernières Coupes du monde qui se sont avérés favorables à l’Argentine. Le simple fait qu’il y ait débat ne signifie pas que chaque décision était nécessairement erronée ou qu’il existe une conspiration.
Coupe du monde 2022 : un record de cinq penalties en sept matches
Sur la route du titre, l’Argentine a bénéficié de cinq penalties : contre l’Arabie Saoudite, la Pologne, les Pays-Bas, la Croatie et la France. Jamais une équipe n’avait obtenu autant de penalties en une seule Coupe du monde. Certains étaient évidents, mais presque chacun a suscité des débats sur la légèreté du contact ou l’inconstance de l’arbitrage.
Coupe du monde 2022. Argentine – Arabie Saoudite : la prise sur Paredes loin du ballon

Dès le match d’ouverture, la bande de Lionel Scaloni a obtenu son premier penalty. Après un corner, Saud Abdulhamid retient Leandro Paredes dans la surface. L’arbitre principal ne voit rien, mais la VAR l’appelle à l’écran, et le penalty est sifflé. Lionel Messi transforme dès la 10e minute.
Le contact est réel, mais le ballon partait dans une autre zone, et ce genre de prise survient souvent sur coups de pied arrêtés. La décision est jugée très sévère, certains y voyant une directive de la FIFA pour sanctionner plus durement les tirages dans la surface. Cela n’a finalement pas aidé l’Argentine — l’Arabie Saoudite l’a emporté 2-1.
Pologne – Argentine : le gant de Szczęsny et l’un des penalties les plus généreux du tournoi

À la 36e minute, Wojciech Szczęsny sort sur un centre et tente de boxer le ballon. Messi touche le ballon de la tête, et la main du gardien effleure légèrement le visage de l’Argentin.
Danny Makkelie laisse d’abord jouer, mais la VAR intervient et accorde un penalty. Beaucoup d’experts le jugent comme le penalty le plus « léger » du tournoi : Messi avait déjà fini son geste, le contact était minimal et Szczęsny n’a pas empêché la frappe. Le gardien polonais rétablit la justice aux yeux des critiques en stoppant la tentative de Messi.
Pays-Bas – Argentine : penalty sur Acuña

À la 71e minute, Denzel Dumfries tente d’arrêter Marcos Acuña à l’entrée de la surface. L’Argentin pousse le ballon, tombe après un contact avec la jambe du défenseur. Antonio Mateu Lahoz désigne aussitôt le point de penalty, la VAR ne change rien. Messi transforme et porte le score à 2-0.
Parmi les cinq penalties argentins, celui-ci est l’un des moins contestés, mais il alimente tout de même la polémique : le contact est léger, l’action se passe quasiment sur la ligne, et Acuña commence à tomber dès le premier contact.
Messi touche le ballon de la main sans recevoir de carton

En seconde période, Messi intercepte volontairement une passe adverse de la main au milieu du terrain. L’arbitre siffle coup franc, mais n’avertit pas le capitaine argentin.
Un geste délibéré de la main n’entraîne pas toujours automatiquement un carton jaune : il faut par exemple empêcher une attaque prometteuse. Mais l’absence de carton a suscité des interrogations chez les Néerlandais et les observateurs neutres.
Dans le temps additionnel, Messi reçoit finalement un avertissement pour contestation. Si Mateu Lahoz l’avait sanctionné pour la main, ce second avertissement aurait signifié l’expulsion du capitaine argentin. Nathan Aké a reconnu après le match qu’il n’avait pas compris pourquoi Messi avait échappé à la sanction.
Paredes commet une faute puis envoie le ballon sur le banc néerlandais

En fin de match, Leandro Paredes fauche violemment Nathan Aké, puis, après le coup de sifflet, frappe le ballon de toutes ses forces vers le banc néerlandais. Les remplaçants entrent sur le terrain, Virgil van Dijk pousse l’Argentin, déclenchant une échauffourée générale.
Dans la même séquence, Paredes commet une grosse faute puis vise intentionnellement les adversaires avec le ballon. L’arbitre ne sort qu’un seul carton jaune. Beaucoup estiment qu’il aurait dû être expulsé directement ou recevoir deux avertissements consécutifs.
Argentine – Croatie : le penalty « à la Livaković »

Le moment clé de la demi-finale survient à la 32e minute. Julián Álvarez pousse le ballon devant Dominik Livaković, puis entre en collision avec le gardien. Daniele Orsato siffle penalty et avertit le Croate. Messi transforme, puis l’Argentine inscrit rapidement un second but.
Les experts sont divisés. Certains estiment que Livaković a tendu la jambe et barré la route à Álvarez. D’autres soulignent que le gardien s’est arrêté, a tenu sa position et n’a pas bougé vers l’attaquant, Álvarez étant venu s’empaler sur lui après avoir manqué son contrôle.
L’absence de recours à la VAR, qui aurait permis à Orsato de revoir les images, a particulièrement fait débat, d’autant que la décision a conditionné le scénario de la demi-finale.
Argentine – France : penalty généreux sur Di María

À la 21e minute de la finale, Ángel Di María pénètre dans la surface et chute après un contact avec Ousmane Dembélé. Le Français touche effectivement son adversaire par derrière, mais le contact est bref et peu appuyé.
Szymon Marciniak accorde le penalty sans hésiter, la VAR ne bronche pas. Messi transforme la sentence. La décision est conforme à la lettre de la loi, mais jugée généreuse — surtout par comparaison avec une chute litigieuse dans la surface argentine peu après.
Thuram tombe après un contact avec Enzo et reçoit un carton pour simulation

À la 87e minute, Marcus Thuram pénètre dans la surface et s’écroule près d’Enzo Fernández. Marciniak non seulement refuse le penalty, mais inflige un carton jaune au Français pour simulation.
Les ralentis montrent que Thuram cherche la jambe de Fernández, la plupart des analystes soutiennent la décision de l’arbitre. Toutefois, en France, on compare cet épisode à la chute de Di María : les deux contacts étaient minimes, mais l’un a offert un penalty à l’Argentine, l’autre un avertissement à son adversaire.
Les remplaçants argentins entrent sur le terrain avant le but de Messi

À la 108e minute, Messi pousse le ballon au fond des filets et donne l’avantage à l’Argentine (3-2). Sur le plan large à la télévision, on voit au moins deux remplaçants argentins franchir la ligne de touche pour célébrer avant même que le ballon n’ait entièrement franchi la ligne.
Le journal L’Équipe cite alors la version en vigueur de la Loi 3 : si un but est marqué alors qu’un remplaçant de l’équipe qui marque est sur le terrain, l’arbitre doit annuler le but.
Marciniak répond avec une photo montrant que des remplaçants français étaient aussi sur le terrain lors d’un but de Kylian Mbappé. L’arbitre juge que les joueurs n’ont pas interféré avec le jeu. Dans la version suivante des lois IFAB, il est précisé que l’influence sur le jeu est nécessaire pour annuler le but.
Les jeux psychologiques d’Emiliano Martínez lors de la séance de penalties

Après avoir arrêté la tentative de Kingsley Coman, Emiliano Martínez se livre à des jeux psychologiques. Avant la frappe d’Aurélien Tchouaméni, il jette volontairement le ballon au loin, obligeant le jeune Français à aller le récupérer. Tchouaméni rate ensuite sa tentative.
Le gardien poursuit ses provocations, mais n’est averti qu’avant la tentative de Randal Kolo Muani — alors que deux penalties français décisifs avaient déjà été manqués. L’arbitre doit même repousser Martínez physiquement avant le tir suivant.
Après la Coupe du monde 2022, la FIFA a dû explicitement interdire ce type de comportement chez les gardiens.
Coupe du monde 2026 : nouveaux scandales arbitrals
Plainte de l’Algérie après le triplé de Messi

L’Argentine entame la défense de son titre par une victoire 3-0 contre l’Algérie, Messi signant un triplé. Pourtant, après ce premier match, la Fédération algérienne de football adresse une réclamation officielle à la FIFA.
Le principal grief concerne un épisode à la 30e minute : Messi marche sur le mollet d’Aïssa Mandi avec ses crampons. Le pied de l’Argentin est haut, le contact direct, et l’arbitre polonais Szymon Marciniak est à moins d’un mètre. Messi n’écope même pas d’un avertissement.
Argentine – Autriche : faute de Mac Allister avant le but

Au match suivant, Messi manque un penalty précoce mais inscrit ensuite deux buts, devenant le meilleur buteur de l’histoire du Mondial.
Avant le premier but, Alexis Mac Allister fauche Xaver Schlager par derrière. Le jeu se poursuit, l’Argentine conserve la possession et Messi conclut l’action. La VAR ne revient pas sur la faute.
L’ex-gardien danois Peter Schmeichel estime que la faute de Mac Allister était évidente et que le but aurait dû être annulé. Selon lui, l’absence d’intervention de la VAR est une erreur flagrante.
Argentine – Cap-Vert : coup franc rapide de Messi alors que le mur se met en place

Autre épisode : Messi tente d’exécuter rapidement un coup franc alors que le gardien capverdien Vozinha organise son mur. Le portier réagit à temps et repousse la frappe.
Les supporters accusent l’Argentin de vouloir profiter de la désorganisation adverse. Mais l’exécution rapide est autorisée tant que l’arbitre n’indique pas que la reprise se fera au coup de sifflet. La polémique concerne donc surtout la gestion de l’arbitre et le caractère « cérémoniel » du coup franc.
Argentine – Égypte : but de Zizo annulé

Alors que l’Égypte mène 1-0, Mostafa Zizo conclut une contre-attaque et marque. Après une longue vérification, la VAR annule le but pour une faute de Marwan Attia sur Lisandro Martínez, bien plus tôt dans la phase offensive.
La Fédération égyptienne juge le contact inexistant et dépose une réclamation. L’indignation s’accroît quand on voit à quel point la VAR est remontée loin dans la possession.
Le patron des arbitres FIFA, Pierluigi Collina, défend la décision : selon lui, la faute est bien réelle et le protocole permet d’examiner toute la phase offensive pertinente. Cinq minutes plus tard, Zizo marque tout de même un autre but pour porter le score à 2-0.
L’Egypte n’obtient pas de penalty avant le but victorieux de l’Argentine

Dans le temps additionnel, à 2-2, Mohamed Salah chute après un duel avec Julián Álvarez dans la surface argentine. Les Égyptiens réclament un penalty, mais l’arbitre laisse jouer. L’Argentine lance une contre-attaque conclue par un but décisif d’Enzo Fernández.
L’Égypte pointe aussi une retenue sur Hamdi Fathi par Mac Allister et une possible faute argentine au tout début du contre. Le staff égyptien proteste si vivement qu’après le coup de sifflet final, des cartons et une expulsion sont distribués.
Collina explique qu’Álvarez touche d’abord le ballon, et que le contact ultérieur avec Salah relève du duel normal.
Argentine – Suisse : la VAR transforme le carton de Paredes en second jaune pour Embolo

À la 67e minute, Dan Ndoye égalise (1-1). La Suisse prend l’ascendant, mais cinq minutes plus tard, elle se retrouve à dix.
Breel Embolo file au but, poursuivi par Leandro Paredes, et tombe après un tacle de l’Argentin. João Pinheiro arrête le jeu et avertit Paredes. Mais la VAR, conduite par Guillermo Pacheco Larios, lance une révision pour « erreur d’identité ».
Au ralenti, on voit qu’Embolo commence à tomber avant le contact principal avec la jambe de Paredes. L’arbitre annule le carton de l’Argentin et sanctionne le Suisse pour simulation. Déjà averti en première période, Embolo reçoit un second jaune et est expulsé.
Avant 2026, l’IFAB a étendu les prérogatives de la VAR. Désormais, elle peut intervenir si l’arbitre sanctionne un joueur d’une équipe alors que la faute est commise par un adversaire. Auparavant, l’erreur d’identité ne concernait que les confusions entre coéquipiers.
Le sélectionneur suisse Murat Yakin juge la décision incompréhensible et affirme que la nouvelle règle a « détruit le match ». Remo Freuler ne comprend pas non plus pourquoi la VAR est intervenue sur un contact anodin, alors qu’il y en a eu plusieurs du même type en première période.
La Suisse a joué en infériorité jusqu’à la fin du temps réglementaire et pendant toute la prolongation. À la 112e minute, Julián Álvarez donne l’avantage à l’Argentine, puis Lautaro Martínez scelle le score à 3-1.